samedi 9 septembre 2017
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Ali Amran: être Berbère c’est un combat

Ali Amran, chanteur pop-rock berbère est venu dans le studio de Sputnik à Paris. Il a parlé de la fierté et de la complexité d’être berbère, de l’Algérie d’aujourd’hui et a offert une de ses chansons aux auditeurs et lecteurs de Sputnik.

Ksénia Lukyanova: Commençons par la reconnaissance du Tamazight, c’est un événement qui marque une nouvelle époque en Algérie, comment vivez-vous cet événement?

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Ali Amran: L’évènement en lui-même c’est vrai qu’il est nouveau mais c’est l’aboutissement de tout un combat qui a commencé dans l’ère moderne, pratiquement au début du 19eme siècle, il y a commencé à avoir ce qu’on a appelé la crise berbériste c’était dans le mouvement nationale avant le déclenchement de la guerre, c’était en 1949. Il y a déjà eu un problème au niveau du mouvement national par rapport à l’orientation à donner à la nouvelle nation qui allait être indépendante. Et depuis ce temps-là, les amazirs et notamment les kabyles, moi je viens de Kabylie, je suis Kabyle, n’ont cessé de lutter pour que cette culture et cette langue et cette identité berbère soit reconnu en Algérie et en Afrique du nord en général. Et il y a eu le 20 avril 1980, il y a eu un évènement, qu’on célèbre toujours, qui s’appelle le printemps berbère, c’était pour la première fois que dans l’Algérie indépendante il y a eu un mouvement populaire pour revendiquer la reconnaissance de son identité, de sa culture et de sa langue. Et à partir de là c’est devenu une tradition, chaque année on célèbre le printemps berbère, on fait des manifestations pour revendiquer. Voilà tout ce cheminement, et puis il y a eu aussi 2001, il y a eu des évènements très grave en Kabylie, pas loin de 130 morts assassinés, et voilà c’est toutes ces étapes-là qui ont abouti à cette reconnaissance.

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KL: Est-ce que vous ressentez vraiment cette reconnaissance?AA: Certes c’est un pas, évidemment pare que c’est la première fois que la langue tamazight, berbère est reconnu en Algérie, mais la reconnaissance en elle-même telle quelle est formulée dans la Constitution c’est vrai qu’elle est sujette à beaucoup de critiques, parce qu’on sent quand même qu’il y a un manque de volonté politique, d’une reconnaissance pleine de cette culture et de cette langue.

KL: Et pourquoi d’après vous?

AA: Parce que c’est tout simplement le texte de la Constitution proposée, on a consacré certes la langue berbère comme langue nationale et officielle, mais paradoxalement pas de l’Etat, pas des institutions de l’Etat, donc ce qui fait une grosse différence avec la langue nationale et officielle de l’Etat qui est toujours l’arabe. Et après il y a toujours le problème identitaire qui n’a pas été abordé, on reste sur le même schéma d’avant, l’Algérie c’est un pays arabe, donc ce sont des contradictions, un pays arabe qui a reconnu une langue qui s’appelle le berbère, on se demande comment tout ça peut aller ensemble. En même temps, elle n’est pas vraiment effective, l’intérêt de cette reconnaissance c’est plutôt le côté symbolique, après le côté pratique on en est pas encore là, il est dit dans la Constitution qu’il va y avoir une Académie de langue berbère et que c’est cette académie qui va travailler sur cette langue qui n’a jamais été utilisée dans un cadre moderne institutionnelle, et c’est au moment où on arrivera à trouver cette langue-là, à la mettre en place qu’elle deviendra officielle.

KL: Qu’est que ça veut dire pour vous d’être berbère

AA: Etre berbère c’est un combat à vrai dire. Quand j’étais plus jeune avant tous ces changements, être berbère ça voulait dire d’être persécuté, ne pas avoir le droit de dire qui on est, on n’avait pas le droit de parler sa langue on n‘a pas le droit de se revendiquer de la berbérité. Parce qu’aussi il y a une sorte de black out sur toute l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord de la part des nouveaux états qui se trouvent dans cette région. On ne connait pas l’histoire donc est plus facilement manipulables par les discours idéologiques qui lient cette partie du monde au monde plus vaste arabo-islamique. Donc si on veut se réapproprier ça, cette une démarche personnelle. Quand on fait la démarche, on pousse un peu et on lit l’histoire: être berbère c’est une fierté. Et de cette fierté on a fait une sorte de complexe par rapport à la façon dont a été gérée la question. Je suis berbère comme j’aurais pu être je ne sais pas un normand où autre mais au contraire je suis très fière parce que c’est une culture très ancienne multimillénaire qui a donnée beaucoup de choses à l’humanité, des grandes personnalités politiques, religieuses, culturelles.

KL: Vous chatez uniquement en berbère? C’est une partie de votre lutte personnelle?

Exactement. Ça fait partie de ça. Je chante principalement en berbère il m’arrive de chanter en français ou dans une autre langue mais sinon c’est un vrai choix. C’est important, puisqu’il n’y a pas d’institution pour soutenir la langue et la culture ce sont les artistes, les écrivains, des gens qui s’impliquent et essayent de travailler dans cette langue qui contribuent à la maintenir.

KL: L’Algérie d’aujourd’hui, comment change-t-elle d’après vous?

C’est difficile à dire puisque, ça aurait pu prendre une autre tournure et peut-être changer en mieux. Mais les changements se font, mais on sent que c’est toujours un peu forcé c’est sous la contrainte, le système même politique algérien évolue sous la contrainte§ Et même dans ces cas-là on essaie toujours de trouver des moyen un peu de détourner les choses. Par exemple la reconnaissance de la langue berbère on aurait pu la reconnaitre pleinement et être fière de ça, mais on détourne des phrases et la façon dont on a fourni cette reconnaissance, car il n’y avait pas de la vrai volonté politique derrière. C’est à peu près le modèle de ce comment fonctionnent les choses.

KL: Qu’est que vous voudriez souhaiter à  nos lecteurs?

Qu’ils se tiennent au chaud il commence à faire froid et puis qu’ils prennent du bon temps à vous écouter et à vous lire.

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