lundi 11 décembre 2017
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Mohamed Arkoun

Arkoun: «Il est vital que l’islam accède à la modernité»

Mohamed Arkoun

L’islamologue Amazigh Mohammed Arkoun plaide pour une «subversion» de la pensée islamique, qui lui permettrait de rejoindre le monde moderne. Et la laïcité…

Comment expliquer que, du Golfe à l’Atlantique, pratiquement aucun des Etats  ne soit une véritable démocratie?
Sur quel modèle politique pouvaient s’appuyer les pays qui ont accédé à l’indépendance après 1945 pour instaurer des Etats qui soient à la fois modernes et fidèles à ce que les «élites» ont partout défendu comme leur patrimoine culturel et leur identité nationale? La question des processus historiques de désintégration, de l’oubli, de la régression générale qui ont marqué l’histoire de toutes ces personnalités nationales depuis le XIIIe siècle est rarement posée. Politiquement, le modèle islamique du califat a été liquidé en 1258 par l’entrée des Mongols à Bagdad. Le modèle ottoman, qui a réactivé une certaine puissance politique et économique jusqu’au XVIIe siècle, a négligé l’héritage culturel, scientifique, intellectuel de ce que l’on nomme l’islam classique (700-1300). Conçu à Istanbul pour régner sur un empire qui s’étendait de l’Irak à l’Algérie, le régime ottoman a été aboli par Atatürk en 1924 dans les conditions d’abaissement que l’on connaît. Les Etats postcoloniaux étaient ainsi condamnés à bricoler des emprunts soit au modèle «révolutionnaire» soviétique, soit aux traditions les plus jacobines des Etats-nations européens.

Est-il possible d’inventer une démocratie qui soit respectueuse de la culture arabo-musulmane?
Assurément, c’est possible, à condition de substituer à la subversion destructrice et meurtrière la subversion par la pensée critique et la créativité culturelle et artistique. Cela demandera d’autant plus de temps que les régimes en place ont tendance à se transformer en dynasties, s’appuyant sur des procédures formelles de la démocratie représentative. Rien ne se fera sans une subversion des systèmes de pensée religieuse anciens et des idéologies de combat qui les confortent, les réactivent et les relaient. Actuellement, toute intervention subversive est doublement censurée: censure officielle par les Etats et censure des mouvements islamistes. Dans les deux cas, la pensée moderne et ses acquis scientifiques sont rejetés ou, au mieux, marginalisés. L’enseignement de la religion, l’islam à l’exclusion des autres, est sous la dépendance de l’orthodoxie fondamentaliste. Je milite pour ma part pour que les réformes des programmes et des méthodes des systèmes éducatifs fassent l’objet de négociations dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen, pour qu’un tronc commun d’enseignement moderne soit imposé dans tous les pays membres de cet ensemble. Car un enseignement obscurantiste se propage dans les milieux immigrés en Europe.

La modernité – donc la démocratie – ne passe-t-elle pas aussi, nécessairement, par une sécularisation de l’islam?
Seule l’absence d’une politique moderne de la culture, de la recherche scientifique et de l’éducation a privé l’islam d’une évolution semblable à celle du christianisme en Europe. La laïcité est fille de la modernité. C’est pour cela qu’il est vital que l’islam accède vite et sans réserve à tous les acquis émancipateurs de la modernité ainsi comprise. La culture laïque accompagnera nécessairement cette évolution.

source: l’express

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