samedi 9 septembre 2017
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Les guerriers Amazighs», ont-ils inventé les chars dans l’antiquité?

Le début des années 1930 est marqué par les découvertes inattendues de figurations de
chars dans l’art rupestre du Sahara. En 1934, Paulo Graziosi consacre un article à ces dessins
d’engins roulants – le premier du genre – en s’intéressant plus précisément aux gravures de
quadriges du Fezzan relevées par ses soins. Il cite dans son étude Hérodote (449 av. J.-C.), en 27
particulier les passages de l’auteur grec qui mentionnent que « les Garamantes font la chasse aux
Ethiopiens troglodytes sur leurs chars à quatre chevaux…» et qui ajoute plus loin que «c’est des
Libyens que les Grecs ont appris à atteler à quatre chevaux…». Ces indications le conduisent à
qualifier les quadriges de « garamantiques » et à identifier les cochers à des « Libyens
garamantes ». L’année suivante, M. Reygasse applique ces mêmes termes aux attelages peints et
gravés de l’oued Djerat relevés quelque temps plus tôt par le lieutenant Lanney et le lieutenantcolonel
Brenans, bien qu’il s’agisse ici de biges et non pas de quadriges. Mais M. Reygasse fait
aussi preuve d’originalité en rapprochant du style « mycénien » l’attitude des chevaux figurés
pattes avant et arrière en extension suivant une attitude irréaliste qualifiée de « galop volant ».
L’analogie le conduit à dater ces dessins de la fin du IIe millénaire av. J.-C. L’année suivante, R.
Perret (1936) emprunte à son tour la piste égéenne. Se référant aux chroniques de guerre
égyptiennes des XIIIe –XIIe siècles av. J.-C. qui font état de coalitions entre Libyens et peuples
de la Méditerranée, il imagine que des guerriers natifs de la Tassili-n-Ajjer, engagés comme
mercenaires aux côtés d’Egéens pour combattre les Egyptiens, auraient figuré, une fois de retour
au pays, quelques biges dans le style mycénien auquel ils auraient été initiés, et ce, en souvenir
des attelages qu’ils auraient vu rouler lors des batailles menées contre les armées des pharaons.
En 1937, E. F. Gautier, soutenant déjà trente années plus tôt l’idée d’une permanence berbère au
Sahara, réajuste sa thèse à l’état des connaissances du moment : selon lui, les cochers figurés
dans la Tassili-n-Ajjer seraient d’« anciens Libyens » équipés de véhicules mycéniens, Libyens
dont descendraient les Garamantes, eux-mêmes ancêtres des Touaregs. Le dossier reste en l’état,
sur fond de guerre mondiale, jusqu’à la fin des années 1940.

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En 1949, H. Lhote publie la gravure d’un char qu’il avait relevée en 1935 au puits
d’Arli dans l’Adrar des Iforas, ainsi que les peintures de biges découvertes plus au nord au cours
de la même mission sous l’abri de Tim-Missao dans les Tassilis ouan Ahaggar. Il fait alors
observer que les stations d’art rupestre avec chars se placent sur une « ligne continue allant du
Fezzan au Soudan, aux extrémités de laquelle se trouve, d’une part, Garama, l’antique capitale
des Libyens garamantes, d’autre part, Tademekka (ville médiévale de l’Adrar des Iforas, appelée
aussi Essouk, abandonnée au XIVe siècle), l’ancienne capitale des Touaregs soudanais ». En
1952, après avoir versé comme nouvelles pièces au dossier ses récentes découvertes de gravures
de chars dans l’Ahaggar, il précise : « C’est vraisemblablement par le canal de quelques groupes
de guerriers crétois qui, après leurs échecs d’attaques menées contre l’Egypte, de connivence
avec les autochtones libyens, se retirèrent avec ceux-ci dans les rochers du (de la) Tassili-n-Ajjer.
Cette époque est marquée par une extension considérable des populations blanches – libyennes –
à l’intérieur du Sahara, qui, grâce à leurs chars, ont atteint le Niger plusieurs siècles avant l’ère
chrétienne.» (p. 84-85). Et de poursuivre l’année suivante : « cette répartition (géographique des
dessins de char) reflète un mouvement d’expansion d’une population conquérante… Le nom des
Garamantes vient tout naturellement à l’esprit » (1953 : 1177). Dès lors les figurations de chars
vont recouvrir une valeur clé dans son esprit. Multipliant les relevés de gravures rupestres dans
l’Aïr au cours des années 1970 et tirant argument de la vingtaine de gravures de chars qu’il
découvre au cours de ses missions, il conclut en 1987 : « Cet art rupestre de l’Aïr reflète la prise
de possession du pays par des envahisseurs… la poussée de tribus libyennes… dont l’expansion
vers le sud du Sahara s’est opérée sur plusieurs siècles avant le début de l’ère chrétienne… Ces
gravures font partie du même ensemble que celui du Sahara central, celui du cheval et du
guerrier aux javelots et au bouclier rond… dont les descendants sont les Touaregs
d’aujourd’hui » (p. 278-279). Ainsi H. Lhote rejoint la thèse des pionniers qui assimilaient les
graveurs de l’Aïr et de l’Adrar des Iforas aux ancêtres des Touaregs, en reculant toutefois leur
arrivée de plusieurs siècles du fait des gravures de chars et en appelant « Libyens » ces premiers
Berbères.

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