jeudi 9 mars 2017
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Jamaâ El Kébir, une œuvre Amazighe almoravide au coeur d’Alger

En choisissant d’élever la mosquée Jamaâ El Kébir sur une plate-forme donnant sur la baie d’Alger, ses bâtisseurs avaient pressenti que cette oeuvre restera, au cœur de la cité, un témoignage de la grandeur d’une dynastie qui a rayonné de l’Espagne au fleuve Sénégal 

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S’il est un monument religieux à Alger qui montre l’empreinte laissée par la dynastie almoravide sur la partie centrale de leur empire nord-africain, la mosquée Jamaâ El Kébir d’Alger, dans le voisinage de la Casbah, en donne la meilleure illustration.
Ses bâtisseurs, en choisissant de l’élever sur une plate-forme donnant sur la baie d’Alger, avaient comme prémonition que cette œuvre restera, au coeur de la cité, un témoignage de la grandeur d’une dynastie qui a rayonné sur tout le Maghreb, depuis la cité-phare , Marrakech, joyau de l’empire.

La mosquée Jamaâ El Kébir se présente comme une réplique de ses consoeurs érigées par les Almoravides sur toutes les contrées du Maghreb et de l’Andalousie, avec les mêmes empreintes de simplicité et de dépouillement qui reflètent les mœurs austères de ces tribus, venues du fin fond des régions sahariennes du Maroc. Son architecture sobre et dépouillée tranche avec celle des autres mosquées, situées dans le même périmètre, notamment Jamaâ Jdid et la mosquée Ketchaouia, aux caractéristiques ottomanes marquées.

L’historien Al Bakri rapporte que l’Empereur  Youssef Ibn Tachfine (1009-1106), une fois ayant assis son autorité sur tout le Maroc, a entrepris de porter l’étendard Amazigh almoravide sur tout le Maghreb. Il a dirigé ses troupes sur Oran, les monts de l’Ouarsenis, les vallées de Chlef, puis Alger, en poussant jusqu’aux confins de Bejaïa. Avant son retour à la capitale de son empire Marrakech en l’an 1081 (475 de l’Hégire), il a eu à cœur d’ériger une œuvre religieuse à Alger.

Elle est restée depuis lors une des marques de l’œuvre almoravide pour l’enracinement du Maghreb dans un islam tolérant et ouvert. Selon les écrits de Georges Marçais, un spécialiste de l’archéologie amazigh musulmane qui a fait une étude sur la mosquée au temps de la colonisation, le minbar a une ressemblance avec ceux de la Quaraouine de Fès et de la mosquée de Kairouan. Le monument est constitué de onze travées, et est surmonté de onze structures de toiture en bois que soutiennent 72 piliers. Le minbar qui date de 1097 est enjolivé de 45 panneaux floraux sculptés avec art dans le bois de cèdre. Le minaret, d’une hauteur de 15 mètres, fait partie des ailes ajoutées ou restaurées ultérieurement.
Excentrée légèrement par rapport à la Casbah dont elle est séparée par une place grouillante de monde, la mosquée offre cependant un havre paisible et un lieu de retraite propre au recueillement, loin du tumulte ambiant. La mosquée Jamaâ El Kébir a toujours été liée à la pérennité de l’islam amazigh, le règne almoravide sur le Maghreb ayant joué un grand rôle pour sceller l’unité doctrinale de l’Occident musulman, par delà les vicissitudes et les péripéties tumultueuses qu’il a connues à travers l’Histoire.
Longtemps considérée comme la plus grande mosquée d’Alger, Jamaâ El Kébir continue à défier le temps en tant que symbole de l’apport d’une dynastie qui a donné la pleine mesure des nobles valeurs partagées par le peuple berbère, comme allait le montrer Youssef Ibn Tachfine en allant porter secours aux «rois des Tayfas» andalous et les délivrer de l’assujettissement des Castillans, lors de la bataille d’Azallaka (1086).

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