• mardi 8 janvier 2019
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La Fédération des Amazighs de l’Amérique du Nord est née (interview avec son président)

Montréal (Amazigh24)- La Fédération des Amazighs de l’Amérique du Nord (FAAN) est une organisation à but non lucratif, indépendante et non partisane. Elle aspire à faire connaitre,  à défendre et à promouvoir la revendication identitaire et culturelle amazighes dans une perspective d’ouverture et de respect des valeurs universelles. Elle vise à fédérer les compétences et à canaliser les énergies en une  intelligence collective  de sa communauté.  Cette vision est un préalable pour toute personne ou groupe de personnes qui aimeraient se joindre à la FAAN.

Entretien avec M. Nourredine Rami, président de la FAAN

Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs?

Oui, bien sûr. Je m’appelle Nourredine Rami. Je suis né en Kabylie dans les années soixante-dix. J’ai commencé mon parcours de militant au début des années quatre-vingt-dix dans un parti politique de la mouvance démocratique. Mon implication dans cette structure m’a permis d’avoir l’expérience nécessaire pour prendre de l’initiative dans le mouvement associatif. J’ai été membre de l’association culturelle de mon village et membre du comité de village durant plusieurs années. Durant la tragédie qu’a connue la Kabylie en 2001, j’ai été élu  par l’assemblée générale de mon village pour la représenter dans le mouvement citoyen, appelé communément les aarchs.

Je suis marié et père de trois enfants. Sur le plan professionnel, je suis infirmier depuis quelques années et je travaille dans un centre hospitalier de la région de Montréal.

Depuis le 6 décembre, vous avez été élu président de la FAAN. En quoi consiste votre rôle dans cette structure?

Mon rôle principal est de fédérer les membres de la FAAN autour de ses objectifs. Autrement dit, il est important de veiller à la cohésion au sein de la structure pour permettre à chaque membre d’optimiser ses compétences. La Fédération doit être un espace de liberté et d’ouverture dans un cadre respectueux.

Quelle est la philosophie de votre Fédération?

Comme son nom l’indique, la FAAN est née pour regrouper des personnes et pour travailler avec d’autres structures dans le but de contribuer à la promotion de l’identité et de la culture amazighes. Les mots que je pourrais lui associer sont : rigueur, engagement et bienveillance.

La rigueur est une valeur universelle plus répondue en occident par rapport au reste du monde. Je pense que c’est ce concept qui fait des sociétés occidentales des références dans le progrès à plusieurs niveaux. Nous devons renoncer aux méthodes de travail basées sur l’improvisation et l’approximation et adopter un fonctionnement réflexif dans la réalisation de nos projets. Un travail rigoureux signifie une préparation importante en amont, peu d’ajustements durant et un suivi des résultats de nos actions dans le but de les améliorer dans le futur.

L’engagement est l’expression de la conviction. Il est, à mon avis, le concept le plus important pour un militant. Nous luttons pour la promotion de notre culture et de notre identité amazighe et nous sommes convaincus que notre combat est juste. Il l’est même aux regards de ceux qui s’opposent à nos revendications. Aujourd’hui, notre langue est officielle au Maroc, elle pourra l’être en Algérie dans un proche avenir et cela grâce à l’engagement des militants dévoués à la cause.

Cependant, la prise en charge réelle de nos revendications, par les États de l’Afrique du nord, est précaire. Elle répond à des calendriers spécifiques et des conjonctures particulières caractérisés par l’absence de volonté politique et d’engagement des décideurs. La détermination et l’engagement des militants amazighs feront la différence dans les rapports des gouvernants des pays de Tamazgha à la cause amazighe. C’est dans cet esprit que notre Fédération s’inscrit pour apporter sa contribution.

La bienveillance est une caractéristique du rapport à autrui. Je pense, et sans prétention aucune, que l’absence de l’altérité et de la transcendance dans nos rapports est le nœud de la discorde. Nous devons faire notre propre introspection et nous remettre en cause continuellement pour pouvoir faire une projection saine dans notre relation avec les autres, une étape conditionnelle à la bienveillance. Cette dernière est une force inestimable dans le combat des militants : Rien ne peut égaler le  soutien apporté à un militant ou à sa cause. Je pense que nous devons apporter ce changement dans notre combat, il est plus que nécessaire. La différence, dans le respect, peut être le minimum requis dans les cas de conflits d’intérêts, mais je suis sûr que nous avons les moyens intellectuels, de faire un saut qualitatif, pour valoriser nos militants sincères.

Quels sont vos objectifs?

Au niveau de Tamazgha, nous avons deux objectifs : la promotion de notre culture et notre identité dans le cadre des valeurs universelles et la défense des droits de la personne, des libertés et de la démocratie. Ici au Canada, notre objectif est d’avoir une meilleure visibilité à travers des actions où nous mettrons en valeur notre riche patrimoine. Nous devons aussi  faire preuve d’ouverture en créant des liens avec la société d’accueil. Nos enfants trouveront de l’intérêt à adhérer à nos projets et ça sera la consécration de la réussite de notre projet d’immigration.

Qu’est-ce que la FAAN pourrait apporter de plus ou de nouveau à la communauté amazighe?

Je pense que chaque militant amazigh a le mérite d’apporter sa contribution, car l’aboutissement de nos revendications se fera par la conjugaison de nos efforts. Comme je l’ai mentionné précédemment, nous devons faire les bilans individuel et collectif pour pouvoir nous projeter dans l’avenir. Le bilan collectif devrait être l’œuvre de plusieurs structures et militants de la cause amazighe pour qu’il soit le plus exhaustif possible et nous permettre de mieux canaliser nos énergies. Dans la réflexion et l’action, la FAAN avec d’autres partenaires pourront être des bases d’initiatives pour la réalisation de projets communs. Une large concertation sur les voies et moyens à mettre  en œuvre pour faire avancer notre combat pourra être une contribution importante à moyen terme.

Votre message à la communauté?

Je voudrai dire aux membres de notre communauté que les portes de la Fédération des amazighs de l’Amérique du Nord leur sont ouvertes. Ils (elles) sont les bienvenus parmi nous. Nous  croyons à la liberté et aux droits de la personne et nous cultivons l’espoir de voir notre identité et notre culture amazighes prendre leur place en Afrique du Nord. La participation de chacun d’entre nous est importante. Aucune force n’est négligeable et toutes les énergies se valent. L’exemple le plus significatif que l’on pourra mettre en évidence est la prise de conscience du peuple amazigh dans cette région du monde après plusieurs décennies de lutte. Aujourd’hui, la peur a changé de camp et il n’y a plus de crainte d’assumer son identité. Cet héritage est chèrement acquis, ne le laissons pas se vider de sa substance. Vive Tamazight et vive Tamazgha.

Entretien réalisé par Djamila Addar

CANADA

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