lundi 21 août 2017
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Mimoun Charqi: les armes chimiques utilisées sur le Rif ont des effets cancérigènes et mutagènes (interview)

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Rabat (Amazigh24): Le dernier livre de Mimoun Charqi porte sur les armes chimiques de destruction massive, avec un accent sur l’histoire, les effets des armes chimiques de destruction massive employées, les droits des populations victimes, ainsi que les préjudices subis et la réparation recherchée. L’ouvrage reproduit l’ensemble des travaux auxquels l’auteur a participé depuis le 1er colloque international tenu à Nador, en 2004, à l’initiative du mensuel Le Monde Amazigh ; des conférences et études, des photos et des documents inédits pour ceux qui veulent connaître de l’état de la question aujourd’hui. Le professeur Mimoun Charqi a accordé une interview à Amazigh24:

Q 1. Vous venez de publier  un livre sur les « armes chimiques de destruction massive sur le Rif », pourriez-vous nous parler de l’ampleur de l’utilisation de ces armes contre les populations amazighes du Rif ?

R 1. Force est de préciser, de prime abord, ce qu’il en est du type d’armes chimique utilisé. De nos jours encore, bien des personnes parlent de « gaz toxique », les espagnols utilisaient aussi cet euphémisme, ils parlaient aussi de bombes x, de bombes spéciales, ou les désignaient par des lettres et chiffres. Il s’agit en fait d’ypérite, plus connu sous le nom de « gaz moutarde », de phosgène, de chloropicrine… Ces armes sont aujourd’hui désignées sous l’appellation d’armes chimiques de destruction massive.

Au début de la guerre du Rif, conduite par le président Mohamed Abdelkrim El Khattabi, les espagnols ont employés ces armes, au demeurant prohibés par le droit international, par le biais de l’artillerie. Par la suite, et pour la première fois dans l’histoire de l’aviation dans le monde, elles ont été larguées par des avions. L’ampleur de l’utilisation des armes chimiques de destruction massive contre le grand Rif a été telle que le Président Abdelkrim s’est résolu à se rendre et à mettre fin à la guerre. Pourquoi ? Parce que ceux qui étaient ciblés ce n’étaient pas les combattants mais la population civile qui n’en pouvait plus. Non seulement il y a eu utilisation d’armes prohibées mais, en sus, elles ont été utilisées contre la population civile ce qui est contraire aux dispositions du droit international humanitaire. Nous sommes en face d’un crime de guerre contre l’humanité.

Q 2. Quels sont les pays qui ont participé à cette attaque avec des armes interdites par la communauté internationale ?

R 2.Les pays ayant utilisé ces armes sont principalement l’Espagne et accessoirement la France vers la fin de la guerre. La responsabilité de ces deux pays est entière, pour avoir utilisé ces armes interdites, mais aussi pour avoir produit, stocké et commercialisé ces mêmes armes. Deux sociétés sont également impliquées, l’une française, la société Schneider, qui aujourd’hui est devenue Schneider Electrique, et l’autre allemande, la société Stoltzenberg.

Q 3. On sait que le taux de cancers dans le Rif est supérieur par rapport aux autres régions du pays, est-ce que c’est du à ces armes chimiques ?

R 3.En effet, les armes chimiques utilisées ont des effets cancérigènes et mutagènes. Les héritiers des victimes d’hier continuent de souffrir encore aujourd’hui. Cela a été démontré et prouvé par de nombreux experts internationaux généticiens.

Q 4. Au niveau du droit international, y a-t-il un moyen pour demander réparation aux pays qui ont utilisé ces armes contre la population amazighe du Rif ?

R 4.Oui. Le moyen, les institutions et procédures juridiques pour demander et obtenir réparation existent. Le problème est d’ordre financier, car engager une telle bataille pour obtenir réparation requiert des moyens financiers. Mais cela se fera. Ce n’est qu’une question de temps. Très prochainement, il y aura du nouveau sur ce dossier.

Le livre est disponible dans toutes les bonnes librairies et sur internet via PriceMinister

Interview réalisée par Omar Louzi 

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Un commentaire

  1. Bon article mais il ne faut pas oublier que le Makhzen, de mèche avec la France et l’Espagne, a lui-même contribué à ce massacre. Le makhzen avait peur et voulait étouffer la résustance des populations du Rif. Le Makhzen est aussi entièrement responsable de ces actes inadmissibles. Le pouvoir et l’argent toujours en cause.

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